>> AMIODARONE
Mai 2006
IDENTIFICATION
CLASSE(S) CHIMIQUE(S)
CLASSE(S) PHARMACOLOGIQUE(S)
MECANISME D'ACTION
PHARMACOCINETIQUE
>
Absorption
>
Distribution
>
Métabolisme
>
Demi-vie
>
Elimination
INTERACTIONS MEDICAMENTEUSES ET ALIMENTAIRES
>
Interactions médicamenteuses
>
Interactions alimentaires
PERTURBATION DES EXAMENS DE LABORATOIRE
UTILISATION THERAPEUTIQUE
>
Utilisations thérapeutiques établies
>
Autres utilisations thérapeutiques publiées
MODALITES D'ADMINISTRATION
CONTRE-INDICATIONS
>
Contre-indications absolues
>
Contre-indications relatives
MODALITES DE SURVEILLANCE
>
Surveillance de base
>
Surveillance dans certaines situations
EFFETS INDESIRABLES
INTOXICATION AIGUE ET SURDOSAGE
>
Symptômes
>
Conduite à tenir
GROSSESSE
ALLAITEMENT
PHARMACODEPENDANCE
BIBLIOGRAPHIE
SPECIALITES CONTENANT CE PRINCIPE ACTIF
>
En constituant unique
IDENTIFICATION [sommaire]
CAS : 19774-82-4
Classe ATC : CO1BDO1
Formule brute : C25 H29 I2
NO3, HCl
Nom chimique :
(2-butyl-3
-benzofuranyl)[4-[2-(diéthylamino)éthoxy]-3,5-diiodophényl]méthanone
chlorhydrate
Formule développée :
(source : base chemIDplus)
Autres dénominations :
5 108 N
Poids moléculaire : sel : 681,8 ; base : 645,3
PKa (constante de dissociation) : 5,6
CLASSE(S) CHIMIQUE(S)
[sommaire]
Benzofurane
CLASSE(S) PHARMACOLOGIQUE(S)
[sommaire]
Antiarythmique Antiangoreux
MECANISME D'ACTION
[sommaire]
L'amiodarone est un antiarythmique de classe III selon la
classification de Vaughan-Williams (Mason, 1987 ; Gill et
al., 1992). Son principal effet est de retarder la repolarisation
cardiaque (phase 3 du potentiel d'action) et d'allonger de manière
homogène la période réfractaire. Le mécanisme de
cette activité est mal connu. La contribution du blocage des canaux
potassiques resterait à préciser. L'activité pourrait
être liée à la grande quantité d'iode
présente dans la molécule (200 mg d'amiodarone contiennent 75 mg
d'iode). L'amiodarone possède toutefois également une
activité antiarythmique de classe I liée au blocage des canaux
sodiques dans leur conformation inactivée. Cet effet est à
l'origine d'un ralentissement de la vitesse maximale de dépolarisation
(Vmax) de la phase zéro du potentiel d'action et participe au
ralentissement de la conduction. L'amiodarone possède par ailleurs une
activité antagoniste alpha et bêta-adrénergique non
compétitive. L'amiodarone ralentit le rythme sinusal ainsi que la conduction,
principalement au niveau du noeud auriculoventriculaire, mais aussi au
niveau sino-auriculaire et au niveau du réseau de His-Purkinje. L'allongement de la période réfractaire s'observe
à tous les étages (sinusal, auriculaire, noeud
auriculoventriculaire, réseau de His-Purkinje, ventriculaire) ainsi
qu'au niveau du faisceau accessoire en cas de syndrome de
Wolff-Parkinson-White. Ses effets se manifestent au niveau électrocardiographique par
des allongements de PR et de QTC qui, après un traitement oral
prolongé, sont de l'ordre respectivement de 10-17 % et de 10-23 %. L'amiodarone n'a pas d'effet cardiodépresseur, même en cas
d'insuffisance cardiaque. Une réduction de la fraction d'éjection
ventriculaire ne s'observerait qu'en cas d'injection rapide par voie
intraveineuse et ne serait généralement que transitoire et due
aux excipients de la forme injectable (Gill et al., 1992). Une activité coronarodilatatrice a conduit à son
utilisation, dans le passé en France, comme antiangoreux.
PHARMACOCINETIQUE
[sommaire]
> Absorption
L'absorption de l'amiodarone par voie orale est lente et très
variable. Sa biodisponibilité est en moyenne de 40 % et varie de 20
à 86 %. Le pic plasmatique après une prise unique est atteint en
3 à 7 heures, avec une très importante variabilité
interindividuelle. La prise d'aliments accélère et augmente
fortement son absorption. En prise orale répétée, un état stable
de la concentration plasmatique est atteint en plus d'un mois.
L'activité antiarythmique n'apparaîtrait en général
qu'après 1 à 3 semaines et serait maximale après 1
à 5 mois de traitement. Après injection unique par voie intraveineuse d'une dose de 5
mg/kg en 15 minutes, le pic plasmatique est compris entre 5 et 41 µg/ml,
puis décroît rapidement à 10 % de ces valeurs en 30
à 45 minutes après l'arrêt de l'injection (Latini et al., 1984 ;
Mason, 1987 ; Gill et al, 1992).
> Distribution
L'amiodarone a une fixation aux protéines plasmatiques
voisine de 95 %, dont 62 % à l'albumine et 33 % probablement à
des bêtalipoprotéines. L'amiodarone se caractérise par une très importante
fixation tissulaire à l'origine de concentrations tissulaires pouvant
être 100 à 1 000 fois supérieures aux concentrations
plasmatiques. Son volume de distribution est de 62 l/kg. Son importante
liposolubilité conduit à des concentrations
particulièrement élevées dans le tissu adipeux. Son métabolite, la déséthylamiodarone, s'accumule dans
les tissus de manière comparable et peut être présente
à des concentrations supérieures à celles de l'amiodarone
elle-même. Cette accumulation tissulaire est à l'origine d'effets
persistant plusieurs semaines après l'arrêt du traitement. L'amiodarone et son métabolite franchissent la
barrière placentaire et leurs concentrations dans le sang du cordon
atteignent 10 à 50 % des concentrations sanguines maternelles. L'amiodarone et son métabolite passent dans le lait, où
ils demeureraient détectables plusieurs semaines après
l'arrêt du traitement, exposant l'enfant à un risque
d'hypothyroïdie (Plomb et al., 1992 ; Rapport de
l'American Academy of Pediatrics, 2001 ; Latini et al., 1984 ;
Mason, 1987 ; Gill et al, 1992).
> Métabolisme
L'amiodarone est largement métabolisée, principalement
au niveau hépatique et, en partie, au niveau intestinal. Le principal
métabolite est la déséthylamiodarone, qui possède
une activité antiarythmique comparable à celle de l'amiodarone.
Ce métabolite est présent au niveau plasmatique à des
concentrations voisines de celles de l'amiodarone. Le métabolisme de
l'amiodarone impliquerait principalement le CYP 3A4 (Latini et al., 1984 ;
Mason, 1987 ; Gill et al, 1992).
> Demi-vie
L'amiodarone se caractérise, après une administration
prolongée, par une demi-vie d'élimination terminale
particulièrement longue, avec une moyenne de l'ordre de 50 jours et une
importante variabilité interindividuelle (20 à 100 jours). La
demi-vie de son métabolite est voisine de 60 jours (Latini et al, 1984 ;
Mason, 1987 ; Gill et al, 1992).
> Elimination
L'amiodarone ne subit que peu ou pas d'élimination
rénale. Elle est éliminée dans les fécès
principalement sous forme métabolisée. L'amiodarone n'est pas
dialysable (Latini, 1982 ;
Mason, 1987 ; Gill et al, 1992).
Le point du spécialiste.
|
Il convient de retenir que l'amiodarone est une molécule
qui s'accumule dans la plupart des tissus de l'organisme,
particulièrement dans le tissu adipeux. Elle n'est
éliminée qu'après plusieurs semaines ou mois, d'où
la persistance d'une activité rémanente pendant 10 jours à
plusieurs mois après l'arrêt du traitement.
|
| Pr M. Plotkine |
INTERACTIONS MEDICAMENTEUSES ET ALIMENTAIRES
[sommaire]
> Interactions médicamenteuses
L'amiodarone est à l'origine d'interactions
pharmacocinétiques ou pharmacodynamiques qui, compte tenu de sa
très lente cinétique d'élimination, peuvent persister
plusieurs semaines après l'arrêt du traitement (Marcus, 1983 ;
Mason, 1987 ; Gill et al., 1992). - L'amiodarone peut augmenter la concentration
plasmatique de digoxine de 70 à 100 %, de manière
progressive, sur plusieurs semaines voire plusieurs mois. Cette interaction fait
intervenir différents mécanismes, dont la diminution de
l'élimination de la digoxine (Fenster et al., 1985) et
l'augmentation de sa biodisponibilité (Santostasi et al.,
1987). Elle pourrait être plus marquée chez l'enfant que chez
l'adulte. En cas d'association, une réduction de 50 % des doses de
digoxine est préconisée. De plus, ces deux substances ayant des
effets bradycardisants, la surveillance de la digoxinémie doit
être accompagnée d'une surveillance clinique et électrocardiographique.
Interactions liées à l'inhibition des cytochromes
P450 par l'amiodarone :
- L'amiodarone augmente l'effet anticoagulant des antivitamines
K par inhibition de leur métabolisme (Richard et al.,
1985 ; Heimark et al., 1992). L'association de l'amiodarone
avec la warfarine ou l'acénocoumarol expose à un risque
hémorragique (Hamer et al., 1982 ; Arboix et al.,
1984) et nécessite une réduction de 50 à 60 % de la
posologie de l'anticoagulant sous surveillance prolongée de l'INR. - L'amiodarone, en augmentant la concentration plasmatique de la
ciclosporine notamment par inhibition de son métabolisme
(Nicolau et al., 1992 ; Chitwood et al., 1993),
induit un risque de toxicité rénale. La surveillance de la
fonction rénale et de la concentration de la ciclosporine sera
réalisée, y compris plusieurs mois après l'arrêt de
l'amiodarone. - L'amiodarone, en entraînant une élévation de
la concentration plasmatique de la simvastatine, augmente le risque
de rhabdomyolyse (Roten et al., 2004). Il est préconisé de ne pas
dépasser une posologie de 20 mg par jour de simvastatine et d'effectuer
une surveillance clinique ou de recourir à une statine non
significativement métabolisée par le cytochrome P450. - L'amiodarone, en augmentant d'un facteur 2 à 3 la
concentration plasmatique de phénytoïne (McGovern
et al., 1984) par réduction de son métabolisme
hépatique (Nolan, 1990), peut être
à l'origine de manifestations de surdosage, notamment neurologiques. Une
surveillance clinique et le dosage de la phénytoïne sont
préconisés (AHFS Drug Information, 2005). Inversement, la
phénytoïne pourrait induire le métabolisme hépatique
de l'amiodarone avec une éventuelle réduction d'efficacité
liée à cette diminution de concentration (Nolan, 1990, Marcus et
al, 1990).
Interactions liées à l'induction ou à l'inhibition des
cytochromes P450 intervenant dans le métabolisme de l'amiodarone :
L'amiodarone étant également métabolisée
par certains cytochromes P450, et notamment le CYP3A4, les inhibiteurs ou les
inducteurs de cette isoenzyme peuvent être à l'origine d'une
modification de sa concentration plasmatique. Une augmentation significative de
la concentration d'amiodarone a été rapportée, entre
autres, pour les inhibiteurs de protéase (Lohman et
al., 1999), exposant aux effets indésirables
dose-dépendants de l'amiodarone. A l'inverse, certains inducteurs
enzymatiques (tels que certains antiépileptiques, la rifampicine, le
millepertuis) pourraient réduire la concentration plasmatique de
l'amiodarone (Zarembski et al., 1999 ; AHFS Drug
Information, 2005). Des ajustements de dosage de l'amiodarone doivent
être effectués, associés à une surveillance clinique
prolongée du fait de la demi-vie de l'amiodarone et du lent
développement de ces mécanismes d'interaction.
Interactions pharmacodynamiques :
- L'association de l'amiodarone à des
antiarythmiques expose à des troubles du rythme et ne sera
instaurée qu'en cas d'échec des monothérapies et sous
surveillance stricte. Une augmentation importante de l'intervalle QT peut
être observée et est parfois à l'origine de torsades de
pointes. L'amiodarone augmente les concentrations plasmatiques de divers
antiarythmiques dont la quinidine, la procaïnamide, la
flécaïnide (Saal et al., 1984 ; Shea et al.,
1986). Une réduction de 50 % de la posologie de l'antiarythmique
est préconisée lors de son introduction chez un patient
prétraité par l'amiodarone. Par ailleurs, l'association à
toute autre substance susceptible de donner des torsades de pointes
nécessite une surveillance clinique et électrocardiographique. Ce risque existe
également lors de l'association de l'amiodarone à des
médicaments hypokaliémiants. - Associée aux
bêtabloquants ou aux inhibiteurs calciques,
l'amiodarone peut être à l'origine de troubles du rythme cardiaque
: bradycardie, pause sinusale ou bloc auriculoventriculaire par addition de
leur activité. Ce risque nécessite une surveillance clinique.
> Interactions alimentaires
La prise d'aliments accélère et augmente l'absorption
de l'amiodarone. Par ailleurs, une inhibition majeure du métabolisme de
l'amiodarone associée à une augmentation significative de sa
concentration plasmatique ont été rapportées en cas de prise
concomitante avec du jus de pamplemousse (Libersa et al., 2000).
PERTURBATION DES EXAMENS DE LABORATOIRE
[sommaire]
Tests thyroïdiens
Les résultats du test de fixation de l'iode radioactif et du PBI (Protein Binding Iodine) sont perturbés par l'amiodarone. Par contre, l'amiodarone n'interfère pas avec les dosage de T3, T4 et TSH.
UTILISATION THERAPEUTIQUE
[sommaire]
> Utilisations thérapeutiques établies
L'amiodarone est un antiarythmique majeur, utilisé dans le
traitement et la prévention des arythmies supraventriculaires et
ventriculaires (Naccarelli et al., 2000 ; Khan,
2003).
Tachycardie supraventriculaire
L'amiodarone est l'un des principaux médicaments
antiarythmiques utilisés dans la fibrillation auriculaire et le flutter
auriculaire, y compris en cas de maladie coronarienne ou d'altération de
la fonction du ventricule gauche (Naccarelli et al., 2000). Son
efficacité a été démontrée (réduction
du trouble du rythme dans 50 à 75 % des cas). Cet effet préventif
serait aussi observé après chirurgie cardiaque. L'amiodarone est également utilisée en cas de
tachycardie supraventriculaire paroxystique due à un faisceau de
conduction accessoire (syndrome de Wolff-Parkinson-White). Elle est
également indiquée en cas de tachycardie jonctionnelle,
après avoir éliminé une cause médicamenteuse.
Arythmie ventriculaire sévère
L'amiodarone est utilisée dans le traitement et la
prévention primaire et secondaire des arythmies ventriculaires
sévères, tachycardie ventriculaire et fibrillation ventriculaire
(Naccarelli et al., 2000). Son efficacité a
été démontrée (réduction de la tachycardie
ventriculaire dans 50 à 75 % des cas). En traitement préventif,
l'amiodarone permet, en complément du défibrillateur automatique
implantable, de réduire l'incidence des récidives et des morts
subites qui en résultent.
Arrêt cardiaque
L'amiodarone est indiquée dans la "Réanimation
cardiorespiratoire en cas d'arrêt cardiaque lié à une
fibrillation ventriculaire résistante aux chocs
électriques externes" (Rappe Afssaps, 2006).
> Autres utilisations thérapeutiques publiées
Angor
Du fait de ses propriétés coronarodilatatrices,
l'amiodarone a été utilisée dans l'angor (Meyer et Amann,
1993). Cependant, du fait de la fréquence des effets indésirables
de l'amiodarone au regard de la bonne tolérance et de
l'efficacité d'autres antiangoreux, cette utilisation
thérapeutique n'est plus retenue. Hors AMM en France.
Infarctus du myocarde
L'amiodarone a été utilisée en cas d'arythmie
ventriculaire asymptomatique après un infarctus du myocarde. Cependant,
le bénéfice clinique en terme de survie est controversé
(Naccarelli et al., 2000). Hors AMM en France.
Troubles du rythme de l'enfant
L'amiodarone a été utilisée chez l'enfant dans
le traitement des arythmies supraventriculaires et ventriculaires. Cependant,
les données restent actuellement limitées (McKee,
2003). Hors AMM en France.
Arythmies foetales
L'amiodarone a été utilisée de façon
ponctuelle, chez la femme enceinte, dans certains cas exceptionnels d'arythmies
foetales (Strasburger et al., 2004). Hors AMM en France.
MODALITES D'ADMINISTRATION
[sommaire]
Adulte
Voie orale :
Une dose de charge de 600 mg par jour
pendant 8 à 10 jours. La posologie est ensuite réduite
jusqu'à la dose minimale efficace qui est habituellement située
entre 100 et 400 mg par jour.
Voie intraveineuse : Il s'agit d'un usage
réservé aux situations d'urgence ou, exceptionnellement, lorsque la
voie orale n'est pas utilisable. Cette utilisation est réservée
aux équipes spécialisées et sous surveillance électrocardiographique
permanente.
Sujet âgé de plus de 65 ans
Pas de réduction posologique.
Insuffisance hépatique
Pas de réduction posologique recommandée.
Néanmoins, le rôle majeur du foie dans le métabolisme et
l'élimination de l'amiodarone suggère d'être
particulièrement attentif à utiliser la dose minimale
efficace.
Insuffisance rénale
Pas de réduction posologique en raison de l'absence
d'élimination rénale significative de l'amiodarone.
CONTRE-INDICATIONS
[sommaire]
> Contre-indications absolues
Bradycardie auriculaire et trouble de la conduction auriculaire
Bradycardie sinusale, bloc sino-auriculaire et dysfonction
sinusale non appareillés.
Troubles de la conduction ventriculaire
Non appareillés
Hypersensibilité à l'amiodarone
Hyperthyroïdie
Du fait du risque d'aggravation par l'amiodarone.
Grossesse
L'administration d'amiodarone est contre-indiquée aux
deuxième et troisième trimestres, en raison du risque
d'hypothyroïdie du foetus.
Allaitement
En raison du risque d'hypothyroïdie de l'enfant.
> Contre-indications relatives
Hypokaliémie
Elle risque de favoriser la survenue d'un trouble du rythme
cardiaque et doit être corrigée avant l'administration
d'amiodarone.
Maladie chronique du foie et insuffisance
hépatique
Il n'existe pas de données. Du fait du rôle
prépondérant du foie dans le métabolisme et
l'élimination de l'amiodarone et en raison du risque de survenue d'une
hépatite pseudoalcoolique, l'indication du traitement par l'amiodarone
doit être particulièrement réfléchie.
MODALITES DE SURVEILLANCE
[sommaire]
> Surveillance de base
Avant le début du traitement, le bilan minimal comprend un ECG,
un dosage de la kaliémie, des transaminases sériques et de la
concentration plasmatique de TSH. Pendant le traitement, la surveillance est clinique, biologique et
électrocardiographique : - ECG : l'amiodarone allonge le QT (allongement de la phase de
repolarisation) avec une onde U éventuelle. Ces signes
d'imprégnation cardiaque par l'amiodarone ne doivent pas faire modifier
le traitement. En cas de survenue d'un bloc auriculoventriculaire du premier
degré, la surveillance ECG doit être renforcée. En cas de
survenue d'un bloc auriculoventriculaire du deuxième ou
troisième degré, d'un bloc sino-auriculaire ou d'un bloc
bifasciculaire, le traitement doit être interrompu. - TSH plasmatique et transaminases sériques tous les 6 mois,
ainsi que plusieurs mois après l'arrêt du traitement. - Examen ophtalmologique annuel, surtout pour détecter des
signes de névrite optique (dépôts cornéens quasi
constants). - Surveillance respiratoire clinique (toux, dyspnée), en raison
du risque de pneumopathie interstitielle ou alvéolaire diffuse. Du fait de l'existence d'une fréquente photosensibilisation, il
est nécessaire d'informer le malade de ne pas s'exposer au soleil sans
protection et de façon prolongée.
> Surveillance dans certaines situations
Sujet âgé de plus de 65 ans
Le ralentissement de la fréquence cardiaque peut
être plus accentué que chez un sujet plus jeune.
Insuffisance hépatique
Il est recommandé d'utiliser une posologie minimale et
d'intensifier la surveillance.
Insuffisance rénale
Aucune modification posologique n'est nécessaire du fait
de l'absence d'élimination rénale significative.
Anesthésie générale
Il est indispensable d'informer l'anesthésiste du
traitement par l'amiodarone. Il existe en effet un risque de potentialisation
des effets bradycardisants et hypotenseurs de nombreux anesthésiques
généraux. Quelques cas de détresse respiratoire aiguë
ont été observés dans la période
postopératoire immédiate chez des sujets traités par
amiodarone.
EFFETS INDESIRABLES
[sommaire]
Les effets indésirables sont fréquents, souvent
associés à une posologie élevée, et
réversibles à l'arrêt du traitement (Hilleman et al.,
1998). Du fait de l'élimination très lente du produit, certains
effets indésirables peuvent apparaître plusieurs mois après
l'arrêt du traitement. Certains effets indésirables ont
été attribués à l'accumulation de lipides complexes
dans les lysosomes cellulaires.
- Pneumopathie interstitielle
Il s'agit d'un des effets indésirables les plus
fréquents (jusqu'à 10 % des sujets traités) et les plus
graves de l'amiodarone (Ben-Noun, 2000). La survenue d'une
dyspnée d'effort, d'une toux sèche, d'un fébricule,
associés à un amaigrissement et une asthénie, doivent alerter le médecin et conduire
à la réalisation d'une radiographie pulmonaire. L'évolution rapide vers la fibrose pulmonaire et une évolution
fatale sont possibles. L'arrêt du traitement par l'amiodarone est
indispensable, éventuellement associé à une
corticothérapie. Les signes cliniques disparaissent en quelques
semaines, mais la récupération fonctionnelle complète et
la disparition des anomalies radiologiques nécessitent plusieurs mois.
- Dysthyroïdie
Le traitement par l'amiodarone réduit la conversion
périphérique de la thyroxine (T4) en tri-iodothyronine (T3) et
augmente la formation de reverse-T3 (Loh, 2000). La concentration
plasmatique de T4 est donc augmentée, alors que celle de T3 est
diminuée (Basaria et Cooper, 2005). La concentration plasmatique de TSH
peut augmenter modérément au début du traitement, mais se
normalise spontanément en moins de 3 mois. Ces modifications ne
s'accompagnent d'aucune manifestation clinique (le malade restant
euthyroïdien) et leur constatation ne doit donc entraîner aucune
modification du traitement (Loh, 2000; Basaria et Cooper, 2005).
Par contre, l'amiodarone entraîne parfois des dysthyroïdies
responsables de manifestations cliniques (Loh, 2000; Basaria et
Cooper, 2005) :
Hypothyroïdie : fréquente (20 % des cas dans
certaines séries), suspectée devant des signes cliniques
évocateurs (prise de poids, ralentissement psychomoteur, etc.),
confirmée par l'augmentation de la concentration plasmatique de la TSH.
Le retour à l'euthyroïdie se fait en 1 à 3 mois après
l'arrêt du traitement. Cependant, lorsque le traitement par l'amiodarone
est efficace, sa poursuite est possible en association avec le traitement par
la L-thyroxine.
Hyperthyroïdie : moins fréquente que
l'hypothyroïdie (10 % des cas dans certaines séries),
suspectée devant des signes cliniques évocateurs (amaigrissement,
anxiété, tremblement, etc.) et confirmée par
l'effondrement de la concentration plasmatique de la TSH. Des cas ont
été décrits plusieurs mois après l'arrêt du
traitement. L'arrêt immédiat du traitement est indispensable dans
tous les cas. L'amélioration clinique survient en 3 à 4 semaines,
le retour à l'euthyroïdie biologique nécessite plusieurs
mois. En cas de thyrotoxicose (forme sévère de
l'hyperthyroïdie), les antithyroïdiens de synthèse ne sont pas
toujours efficaces. Un traitement par perchlorate de potassium ou une
corticothérapie (1 mg/kg/j de prednisone pendant 3 mois) peut être
nécessaire.
- Toxicité hépatique
Une augmentation modérée des transaminases
sériques (généralement inférieure à 3 fois la normale) est
fréquente (15 à 20 % des sujets traités),
généralement asymptomatique et transitoire.
La régression des anomalies, souvent spontanée malgré la
poursuite du traitement, est habituelle après son arrêt. La persistance d'anomalies peut nécessiter un avis spécialisé. Dans certains cas, une évolution vers la fibrose et la cirrhose
a été rapportée. Dans les cas où une biopsie
hépatique a été effectuée, les lésions
étaient proches de celles dues à une consommation excessive
d'alcool (hépatite pseudoalcoolique) et associées à une
accumulation de phospholipides dans les lysosomes des hépatocytes. Beaucoup plus rarement, des cas d'hépatite
aiguë avec ou sans ictère ont été décrits
après administration intraveineuse. Leur évolution a
parfois été fatale. La reponsabilité de l'excipient a
été suspectée (Bravo et al., 2005).
- Photosensibilisation
Il s'agit d'un effet fréquent de l'amiodarone, rapporté
chez environ 10 % des sujets traités (Hilleman et al., 1998).
L'exposition solaire peut entraîner des lésions de gravité
variée (simple érythème, parfois brûlures
cutanées sévères). Il est recommandé de pas
s'exposer au soleil (ou aux rayons ultra-violets) sans protection efficace.
Quelques cas d'érythème ont également été
décrits après radiothérapie.
- Pigmentation cutanée
Des cas de pigmentation cutanée de couleur gris violacé
(ardoisée), prédominant sur les zones découvertes, ont
été rapportés (Hilleman et al., 1998). Ils surviennent
habituellement en cas de prise d'une forte posologie pendant une durée
prolongée. La pigmentation est réversible en 1 à 2 ans
après l'arrêt du traitement.
- Dépôts cornéens
Il s'agit de dépôts brun-jaunâtre
localisés dans l'aire sous pupillaire (Hollander et Aldare, 2004). Ils
sont quasi constants chez l'adulte, mais sont habituellement asymptomatiques.
Leur constatation lors d'un examen ophtalmologique ne nécessite donc pas
de modification du traitement par l'amiodarone. Ces dépôts sont
complètement réversibles après l'arrêt du
traitement. Exceptionnellement, ils peuvent s'accompagner d'une sensation de
brouillard visuel ou d'un halo coloré en cas de lumière vive.
- Névrite optique
Quelques cas révélés par un flou visuel et une perte
d'acuité visuelle avec oedème papillaire au fond d'oeil
ont été rapportés, parfois associés à une
hypertension intracranienne bénigne (Johnson et al., 2004).
- Neuropathie périphérique
La neuropathie peut être sensitive, motrice ou mixte. Elle survient habituellement après
plusieurs années de traitement, parfois quelques mois.
Elle est réversible en plusieurs mois après l'arrêt du traitement,
mais la récupération est très lente et parfois incomplète
(Pellissier et al.,1984 ; Hilleman et al., 1998).
- Troubles du rythme cardiaque
Il peut s'agir d'une bradycardie, habituellement modérée
et dose-dépendante. Des cas de bradycardie sévère,
d'arrêt sinusal, de bloc sino-auriculaire ou auriculoventriculaire ont
été rapportés. La survenue de torsades de pointes a
été rapportée, mais paraît en fait plus rare qu'avec
les autres antiarythmiques (Hohnloser et al., 1994 ; Hilleman et al.,
1998).
- Hypotension artérielle
Elle a été décrite surtout en cas
d'administration d'amiodarone par voie intraveineuse (Somberg et al.,
2005).
- Troubles digestifs
La survenue de nausées et de vomissements est fréquente
au début du traitement, lors de l'administration de la dose de charge.
Ces effets sont généralement modérés et
transitoires et ne nécessitent que rarement une modification ou un
arrêt du traitement.
D'autres effets indésirables ont été rarement rapportés :
- Epididymite et douleurs scrotales (Gabal-Shehab et Monga, 1999). - Tremblement, ataxie cérébelleuse (Krauser et al., 2005). - Trouble du sommeil et cauchemars (Hilleman et al., 1998). - Vascularite cutanée, éruptions cutanée, dont
d'exceptionnelles toxidermies bulleuses (Dootson et Byatt, 1994). - Alopécie (Ahmad, 1995). - Thrombopénie (Weinberger et al., 1987), anémie (Lossos et Matzner, 1992). - Bronchospasme (quelques cas chez des sujets asthmatiques) (Yavuzgil et al., 2005). - Détresse respiratoire aiguë (quelques cas
postopératoires) (Hilleman et al., 1998 ; Skroubis et al., 2005).
Information patient
|
Les effets indésirables de l'amiodarone sont
fréquents et potentiellement sévères. En particulier, il
est nécessaire de consulter rapidement en cas de survenue de toux et
d'essoufflement (risque de pneumopathie interstitielle) ou bien en cas
d'amaigrissement inexpliqué (hyperthyroïdie). L'exposition au soleil (ou au rayons
ultra-violets) sans protection est contre-indiquée, y compris plusieurs mois
après l'arrêt du traitement. Du fait du risque d'interaction, il est recommandé
d'éviter de boire d'importantes quantités de jus de
pamplemousse.
|
| Pr JC. Trinchet |
INTOXICATION AIGUE ET SURDOSAGE
[sommaire]
> Symptômes
Les symptômes peuvent apparaître jusqu'à 2
jours après l'ingestion. Ils ont été décrits pour
des doses comprises entre 2,6 et 15 grammes. La symptomatologie de l'intoxication aiguë est peu
sévère. Elle ne correspond pas aux effets indésirables
observés lors d'un traitement au long cours (pas de toxicité
pulmonaire, thyroïdienne ou oculaire). Dans de rares cas, une atteinte
hépatique a été rapportée, le plus souvent à
la suite de l'administration intraveineuse d'une dose de charge. Les signes cardiaques sont habituellement limités à
une bradycardie sinusale et un allongement de l'intervalle QT. Un flutter
auriculaire et une tachycardie ventriculaire spontanément
résolutifs, ainsi qu'une hypotension artérielle ont été
occasionnellement décrits, mais le retentissement hémodynamique
est habituellement non significatif. La présence d'un bloc
sino-auriculaire, d'un bloc auriculoventriculaire ou encore de torsades de
pointes est possible, mais doit faire rechercher de principe la présence
d'un autre cardiotoxique. Aucune séquelle ni aucun cas mortel n'ont été
rapportés.
> Conduite à tenir
- Le traitement est symptomatique : prise en charge de la
bradycardie, de l'hypotension artérielle (solutés de remplissage,
amines vasopressives), des torsades de pointes (contrôle de la
calcémie, accélération de la fréquence cardiaque),
rééquilibrage hydroélectrolytique. Un monitoring
cardiaque est nécessaire pendant 2 à 3 jours. - Un traitement épurateur digestif par administration d'une
dose unique de charbon activé peut être entrepris, sans que
l'efficacité clinique ait été démontrée.
L'amiodarone et ses métabolites ne sont pas dialysables. - Il n'existe pas d'antidote.
GROSSESSE
[sommaire]
Les études chez l'animal n'ont pas mis en évidence
d'effet tératogène. Dans l'espèce humaine, aucun effet
malformatif particulier n'a été signalé à ce jour
avec l'amiodarone. Après 14 semaines d'aménorrhée, période
à laquelle la thyroïde foetale commence à fixer l'iode,
la surcharge iodée induite par l'amiodarone peut entraîner une
hypothyroïdie foetale biologique ou clinique (goitre) (Bartalena et al.,
2001). En raison du risque d'hypothyroïdie foetale, de retard de
croissance et de prématurité (De Wolf et al., 1988 ;
Widerhorn, 1991 ; Plomp, 1992 ; De Catte,
1994 ; Gowda, 2003), l'utilisation de l'amiodarone est donc
contre-indiquée à partir du deuxième trimestre de la grossesse. Cependant, elle est quelques fois utilisée, en deuxième intention,
pour traiter in utero certaines tachycardies foetales résistantes
aux autres antiarythmiques (Jouannic 2003 ; Strasburger 2004).
ALLAITEMENT
[sommaire]
Du fait du passage de l'amiodarone et de son
métabolite principal dans le lait, il existe un risque d'hypothyroïdie de
l'enfant. L'allaitement est donc contre-indiqué en cas d'administration
d'amiodarone.
PHARMACODEPENDANCE
[sommaire]
Non.
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[sommaire]
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Abstract
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SPECIALITES CONTENANT CE PRINCIPE ACTIF
[sommaire]
Source VIDAL : avril 2006
> Spécialités contenant ce principe actif en constituant unique
AMIODARONE ALTER 200mg comprimé sécable, boîte de 30 AMIODARONE ARROW 200 mg comprimé sécable, boîte de 30 AMIODARONE BIOGARAN 200 mg comprimé sécable, boîte de 30 AMIODARONE EG 200 mg comprimé sécable, boîte de 30 AMIODARONE G GAM 200 mg comprimé sécable, boîte de 30 AMIODARONE IVAX 200 mg comprimé sécable, boîte de 30 AMIODARONE MERCK 200 mg comprimé sécable, boîte de 30 AMIODARONE QUALIMED 200 mg comprimé sécable, boîte de 30 AMIODARONE RATIOPHARM 200 mg comprimé sécable, boîte de 30 AMIODARONE RPG 200 mg, comprimé sécable, boîte de 30 AMIODARONE SANDOZ 200 mg comprimé sécable, boîte de 30 AMIODARONE TEVA 200 mg comprimé sécable, boîte de 30 AMIODARONE WINTHROP 200 mg comprimé sécable, plaquette de 30 CORBIONAX 200 mg comprimé sécable Gé, plaquette de 30 CORDARONE 150 mg/3 ml sol p perf IV, 6 ampoules/3ml CORDARONE 200 mg comprimé sécable, boîte de 50 CORDARONE 200 mg comprimé sécable, étui de 30
DEFINITION
[sommaire]
Utilisations thérapeutiques établies :
Le caractère établi reflète l'état de la littérature scientifique et l'opinion des auteurs. Il peut donc sortir du cadre de l'AMM (autorisation de mise sur le marché) en France ou ailleurs.
Contre-indications relatives (à évaluer en fonction de la balance bénéfice/risque) :
Les contre-indications relatives regroupent les situations dans lesquelles la prescription est possible sous réserve de respecter éventuellement des règles de surveillance et/ou d'adaptation posologique.
Ces informations, si elles sont accessibles au public, sont destinées aux professionnels de santé.
Si vous êtes un particulier, ne prenez aucune décision concernant
votre santé
sans avoir pris l'avis de votre médecin.
Comité éditorial de la lettre "En substance"
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