>> SIMVASTATINE
Octobre 2005
IDENTIFICATION
CLASSE(S) CHIMIQUE(S)
CLASSE(S) PHARMACOLOGIQUE(S)
MECANISME D'ACTION
PHARMACOCINETIQUE
>
Absorption
>
Distribution
>
Métabolisme
>
Demi-vie
>
Elimination
INTERACTIONS MEDICAMENTEUSES ET ALIMENTAIRES
>
Interactions médicamenteuses
>
Interactions alimentaires
PERTURBATION DES EXAMENS DE LABORATOIRE
UTILISATION THERAPEUTIQUE
>
Utilisations thérapeutiques établies
>
Autres utilisations thérapeutiques publiées
MODALITES D'ADMINISTRATION
CONTRE-INDICATIONS
>
Contre-indications absolues
>
Contre-indications relatives
MODALITES DE SURVEILLANCE
>
Surveillance de base
>
Surveillance dans certaines situations
EFFETS INDESIRABLES
INTOXICATION AIGUE ET SURDOSAGE
>
Symptômes
>
Conduite à tenir
GROSSESSE
ALLAITEMENT
PHARMACODEPENDANCE
BIBLIOGRAPHIE
SPECIALITES CONTENANT CE PRINCIPE ACTIF
>
En constituant unique
IDENTIFICATION [sommaire]
CAS : 79902-63-9
Classe ATC : C10AA01
Formule brute : C25 H38
O5
Nom chimique :
[1S-[1alpha,3alpha,7bêta,8bêta(2S*4S*)8abêta]]-2,2-diméthyl-butanoique
acide
1,2,3,7,8,8a-hexahydro-3,7-diméthyl-8-[2-(tétrahydro-4-hydroxy-6-oxo-2H-pyran-2-yl)éthyl]-1-naphtalényl
ester
Formule développée :
(source : base chemIDplus)
Autres dénominations :
MK-273
Poids moléculaire : 418,6
PKa (constante de dissociation) : sans objet, cette molécule ne se dissociant pas.
CLASSE(S) CHIMIQUE(S)
[sommaire]
Statine
CLASSE(S) PHARMACOLOGIQUE(S)
[sommaire]
Hypolipémiant Hypocholestérolémiant Inhibiteur de l'HMG Co-A réductase
MECANISME D'ACTION
[sommaire]
La simvastatine est une prodrogue inactive. L'hydrolyse de son cycle
lactonique par des estérases donne naissance à la simvastatine
acide, métabolite actif. L'activité hypolipémiante de la
simvastatine acide résulte de l'inhibition compétitive de l'HMG
Co-A réductase, enzyme de l'étape limitante de la synthèse
du cholestérol. Cette enzyme assure la transformation du HMG Co-A en
mévalonate, précurseur du cholestérol. Cette inhibition de
la synthèse du cholestérol entraîne une baisse de ses
concentrations intracellulaires, ce qui active la transcription du gène
codant pour le récepteur hépatique des LDL. L'augmentation de la
densité de ce récepteur hépatique accroît la
fixation et l'élimination par le foie des LDL plasmatiques et provoque
une baisse de la concentration plasmatique du LDL-cholestérol (de 25
à 40 % selon les doses et les sujets). Parallèlement s'observent une baisse
modérée de la concentration plasmatique du
VLDL-cholestérol, une diminution de la formation des LDL à partir
des VLDL, une réduction de la concentration plasmatique des
triglycérides ainsi qu'une augmentation de la concentration plasmatique
du HDL-cholestérol. En dehors de leurs effets hypolipémiants, les statines
possèdent d'autres propriétés, que l'on rassemble
fréquemment sous le terme d'effets pléiotropes, dont
l'intérêt en clinique reste à établir (Waldman
et Kritharides, 2003 ; Miida et al., 2004 ; Liao et
Laufs, 2005). Ces effets, souvent indépendants de la baisse du
cholestérol, seraient liés à l'inhibition de voies
métaboliques faisant intervenir le mévalonate dont la formation
est inhibée.
- - Une protection vis à vis de la dysfonction
endothéliale, marqueur précoce de l'athérosclérose,
aurait été mise en évidence. Cet effet serait, au moins en
partie, indépendant de la baisse du cholestérol et serait
dû à l'augmentation de la production de NO par les cellules
endothéliales, corrigeant ainsi les effets
délétères des LDL sur la production de NO (Davignon
et Ganz, 2004).
- - Des activités antioxydantes, anti-inflammatoires,
immunomodulatrices et stabilisantes de la plaque athéromateuse
participeraient à la réduction du risque cardiovasculaire
(Davignon, 2004 ; Haendeler et al., 2004 ;
Schönbeck et Libby, 2004).
- - Une baisse de la protéine C réactive, marqueur
d'inflammation, serait associée à la réduction de la
progression de l'athérosclérose (Nissen et al., 2005 ; Ridker et
al., 2005). Toutefois, la relation entre l'activité
anti-inflammatoire et la baisse du cholestérol reste à
préciser (Ehrenstein et al., 2005).
- - Les statines pourraient présenter un intérêt
à la phase aiguë de l'accident coronarien (Langer et al.,
2003 ; Fang et al., 2005).
- - L'activité immunomodulatrice des statines contribuerait
à réduire le taux de rejet à la suite d'une greffe
d'organe, notamment une greffe cardiaque (Davignon, 2004 ; Mach,
2004).
- - Les statines pourraient également prévenir
l'hypertrophie cardiaque, notamment en cas d'hypertension artérielle
(Nakagami et al., 2003).
- - Des études épidémiologiques ont
suggéré une réduction des accidents vasculaires
cérébraux (Vaughan, 2003 ; Amarenco et Tonkin,
2004 ; Miida et al., 2004). Dans ce cas, outre son
activité vasoprotectrice, la simvastatine s'opposerait aux
phénomènes excitotoxiques de l'hyperactivation glutamatergique
liée à l'ischémie cérébrale et aux pertes
neuronales qui en résultent (Zacco et al., 2003).
- - Les statines pourraient également protéger de la
maladie d'Alzheimer en réduisant le dépôt des
protéines amyloïdes (Miida et al.,2004).
- - Elles protègeraient également de l'ostéoporose
(Waldman et Kritharides, 2003).
- - Leur activité anti-inflammatoire pourrait être
à l'origine d'un effet neuroprotecteur dans la sclérose en
plaques (Stuve et al., 2004).
- - Par ailleurs, les statines inhiberaient la prolifération et
induiraient l'apoptose de diverses cellules tumorales (Jakobisiak et
Golab, 2003). Elles sensibiliseraient les cellules cancéreuses
aux agents chimiothérapiques et à la radiothérapie
(Werner et al. , 2004).
L'utilisation thérapeutique chez l'homme des effets
pléiotropes des statines reste très largement à valider
à ce jour et de nombreux essais cliniques sont à prévoir.
PHARMACOCINETIQUE
[sommaire]
> Absorption
La simvastatine, prodrogue inactive, une fois absorbée par le
tractus digestif, est rapidement hydrolysée, principalement dans le
foie, en simvastatine acide, son métabolite actif. Le pic plasmatique de
simvastatine acide apparaît 1,3 à 2,4 heures après la prise
et ne serait pas modifié par la prise d'aliments (Lennernäs
et Fager, 1997).
> Distribution
La liaison aux protéines plasmatiques de la simvastatine et de
son métabolite actif est voisine de 98 %. La simvastatine franchit la
barrière hématoencéphalique alors que sa forme acide ne
la franchit que très peu (Lennernäs et Fager,
1997).
> Métabolisme
La simvastatine est fortement métabolisée, notamment par
le CYP 3A4. L'inhibition de ce dernier en cas d'association à d'autres
médicaments peut être à l'origine d'une importante
élévation des concentrations plasmatiques de simvastatine et de
sa forme acide.
> Demi-vie
La demi-vie de la simvastatine acide est proche de 1,9 heure.
> Elimination
La simvastatine est principalement éliminée par la bile
et les fécès sous forme métabolisée. De 10 à
15 % de la dose sont éliminés par les urines, également
sous forme métabolisée.
INTERACTIONS MEDICAMENTEUSES ET ALIMENTAIRES
[sommaire]
> Interactions médicamenteuses
Interaction pharmacodynamique avec les fibrates
L'association des statines avec les fibrates, qui présentent
également une toxicité musculaire, augmente fortement le risque
d'atteinte musculaire (Bellosta et al., 2004), par effet probablement additif. Dans le cas de
l'association avec le gemfibrozil, il s'y ajoute une interaction
pharmacocinétique (cf. ci-dessous).
Interactions pharmacocinétiques impliquant le
métabolisme de la simvastatine.
La simvastatine étant métabolisée par le CYP
3A4, son association avec des inhibiteurs de cette voie métabolique
augmente sa concentration plasmatique et augmente le risque d'atteinte
musculaire (Williams et Feely, 2002 ; Martin et Krum,
2003 ; Bellosta, et al., 2004).
Certaines associations sont contre-indiquées :
- - Itraconazole : la concentration plasmatique de simvastatine peut
être multipliée par 10 (Williams et Felly, 2002).
- - Kétoconazole.
- - Inhibiteurs de la protéase du VIH.
- - Clarithromycine ; érythromycine : la concentration plasmatique de simvastatine
peut être multipliée par 5 (Williams et Felly,
2002).
- - Télithromycine.
- - Néfazodone.
- - Stiripentol.
D'autres associations nécessitent l'utilisation d'une dose inférieure de simvastatine et une surveillance accrue des patients :
- - Ciclosporine : la concentration plasmatique de simvastatine peut
être multipliée par 2 à 3 (Williams et Felly,
2002).
- - Diltiazem : la concentration plasmatique de simvastatine peut
être multipliée par 4 (Mousa et al, 2000).
- - Vérapamil : la concentration plasmatique de simvastatine
peut être multipliée par 5 (Jacobson, 2004).
- - Amiodarone (Roten et al, 2004).
Inversement, les inducteurs du CYP 3A4 réduiraient les
concentrations plasmatiques de simvastatine :
- - Rifampicine (Bellosta et al., 2004).
- - Phénytoïne (Bellosta et al., 2004).
- - Phénobarbital (Bellosta et al., 2004).
- - Barbituriques (Bellosta et al., 2004).
- - Troglitazone (Bellosta et al., 2004).
- - Dexaméthasone (Bellosta et al., 2004).
- - Cyclophosphamide (Bellosta et al., 2004).
- - Carbamazépine (Bellosta et al., 2004).
- - Oméprazole (Bellosta et al., 2004).
- - Millepertuis (Sugimoto et al, 2001).
Enfin, certaines substances partagent la même voie métabolique que la simvastatine (CYP3A), dont la delavirdine (Scott et Perry, 2000). Le gemfibrozil, via l'inhibition de la glucuroconjugaison de la
simvastatine acide, augmente également la concentration plasmatique de
celle-ci et le risque d'atteinte musculaire (Backman et al., 2000
; Prueksaritanont et al., 2002).
Autres interactions
La simvastatine augmenterait modérement l'activité de
la warfarine, nécessitant une surveillance biologique accrue de la
coagulation (Williams et Feely, 2002). Des cas de rhabdomyolyse ont été rapportés en
cas d'association avec l'acide fusidique (Yuen et McGarity,
2003).
> Interactions alimentaires
Il faut se méfier d'une consommation régulière de jus de
pamplemousse. Celui-ci augmente
considérablement les concentrations plasmatiques de
l'hypolipémiant, avec risque de survenue d'effets indésirables,
notamment musculaires (Lilja et al, 2004).
PERTURBATION DES EXAMENS DE LABORATOIRE
[sommaire]
Aucune interférence n'a été rapportée.
UTILISATION THERAPEUTIQUE
[sommaire]
> Utilisations thérapeutiques établies
Hyperlipidémie
Le traitement des hyperlipidémies repose avant tout sur les
modifications diététiques et du mode de vie (régime
alimentaire adapté, activité physique, contrôle du poids).
Il doit être associé à la lutte contre les autres facteurs
de risque d'athérosclérose, comme le tabagisme. Ces mesures
s'avèrent cependant souvent insuffisantes et un traitement
hypolipémiant doit alors être associé. L'objectif biologique principal est un abaissement du LDL-cholestérol dont la valeur cible
varie selon le nombre de facteurs de risque cardiovasculaire associés : valeur cible de moins de 2,2 g/l
en absence de risque à moins de 1 g/l en cas de haut risque (Afssaps, 2005). Le traitement par simvastatine est indiqué en cas
d'hypercholestérolémie (type IIa de la classification de
Frederickson) et d'hyperlipidémie mixte (type IIb ou III).
L'efficacité biologique du traitement a été
démontrée dans plusieurs essais randomisés. Les statines, dont la simvastatine,
sont globalement plus efficaces que les fibrates pour abaisser la
LDL-cholestérolémie, mais moins efficaces pour abaisser la
triglycéridémie et augmenter la concentration du
HDL-cholestérol. La réduction attendue de la
cholestérolémie est de l'ordre de 25 à 40 %, celle de la
triglycéridémie ne dépassant pas 15 %. De ce fait, la
simvastatine n'est pas indiquée en cas
d'hypertriglycéridémie isolée (types I, IV, et V). Chez la
femme, l'effet hypolipémiant persiste après la ménopause
(Moghadasian, 2002). En cas d'hyperlipidémie associée à l'infection
par le VIH, l'administration de simvastatine n'est pas recommandée du
fait du risque d'interaction avec de nombreux antirétroviraux
(Clotet et Negredo, 2003) (cf. Interactions
médicamenteuses). En cas d'hypercholestérolémie familiale homozygote,
l'effet pharmacologique des statines est réduit du fait de l'absence de
récepteurs LDL fonctionnels ; ce traitement peut cependant être
utile chez certains malades du fait de la réduction de la synthèse
du LDL-cholestérol (Mata et al., 2003).
Prévention des accidents cardiovasculaires
En cas d'antécédent de maladie coronaire
avérée, d'accident vasculaire cérébral, ou
d'artériopathie périphérique, avec ou sans
hyperlipidémie associée, le traitement par simvastatine a permis
de réduire significativement la mortalité globale et le risque
d'accidents vasculaires coronariens et cérébraux d'origine
ischémique (HPS - Heart Protection Study Collaborative group, 2002 ; 4S - Scandinavian Simvastatin Survival Study, 1994). Ce bénéfice clinique, démontré
par des essais contrôlés randomisés (Law et al.,
2003 ; Briel et al., 2004), a été
constaté aussi bien chez les femmes que chez les hommes et semble
persister chez les sujets âgés (Miettinen et al.,
1997). Chez les patients diabétiques sans antécédent
coronarien ni cérébrovasculaire mais ayant un risque
cardiovasculaire élevé (au moins 1 des facteurs de risque
suivants : âge supérieur ou égal à 65 ans, créatininémie
élevée, hypertension artérielle, tabagisme présent
ou passé), avec ou sans hyperlipidémie associée, le
traitement par simvastatine a permis de réduire l'incidence des
événements cardiovasculaires (Pedersen et Tobert, 2004
; Armitage et Bowman, 2004).
> Autres utilisations thérapeutiques publiées
Syndrome coronarien aigu
Certaines études ont suggéré que
l'administration précoce d'une statine en cas d'angor instable ou
à la phase aiguë de l'infarctus du myocarde pouvait réduire
l'incidence des événements cardiovasculaires et améliorer
le pronostic (Newby et al., 2002 ; De Denus et Spinler, 2002 ;
McKenney, 2003). Hors AMM en France.
Maladie d'Alzheimer
Bien qu'il existe des données expérimentales et
épidémiologiques, l'usage des statines n'est pas établi du
fait de l'absence d'essai clinique randomisé (Jick et al.,
2000 ; Scott et Laake, 2001). Hors AMM en France.
Ostéoporose
Bien que certaines études suggèrent que les statines
augmentent la minéralisation osseuse et réduisent
l'incidence des fractures, l'usage des statines ne peut être recommandé du fait de l'absence d'essais cliniques randomisés (Coons,
2002). Hors AMM en France.
Sclérose en plaques
Bien qu'il existe des données expérimentales
suggérant l'existence d'un effet immunomodulateur, l'usage des statines
ne peut être recommandé du fait de l'absence d'essai clinique randomisé
(Neuhaus et al., 2004). Hors AMM en France.
MODALITES D'ADMINISTRATION
[sommaire]
Adulte
Dans l'hypercholestérolémie, la dose initiale usuelle est de 10 à 20 mg/jour administrés en 1 prise unique le soir. Pour les patients nécessitant une réduction importante du LDL-cholestérol (plus de 45 %), le traitement peut être initié à une posologie de 20 à 40 mg/jour administrés en 1 prise unique le soir. Les ajustements posologiques, si nécessaire, doivent être effectués à intervalles d'au moins 4 semaines, par paliers de 10 mg/jour
en s'efforçant d'utiliser la posologie minimale efficace afin de limiter le
risque de survenue d'effets indésirables, notamment musculaires. La posologie maximale est habituellement de 40 mg/jour. Cependant,
elle pourra exceptionnellement être augmentée à 80 mg/jour
en cas d'hypercholestérolémie sévère
associée à un risque cardiovasculaire élevé,
notamment dans l'hypercholestérolémie familiale homozygote.
Dans la prévention des complications cardiovasculaires chez les patients ayant
une pathologie cardiovasculaire avérée d'origine arthéroscléreuse ou un diabète, la dose
recommandée est de 20 à 40 mg/jour, en 1 prise le soir.
Sujet âgé de plus de 65 ans
Il est recommandé de ne pas dépasser une posologie
quotidienne de 40 mg/jour (Lewis, 2004).
Insuffisance rénale
Aucun ajustement de la dose n'est nécessaire en cas
d'insuffisance rénale modérée en raison de la faible
élimination rénale de la simvastatine. En cas d'insuffisance rénale sévère (clairance de
la créatinine < 30 ml/min), la posologie initiale recommandée
est de 5 à 10 mg/jour. L'augmentation ultérieure de la posologie
ne doit être envisagée qu'avec précaution en raison du
risque de survenue d'une atteinte musculaire.
Enfant
La sécurité d'emploi et l'efficacité chez
l'enfant n'ayant pas été établies, la simvastatine n'est
pas recommandée chez l'enfant. Néanmoins, bien que les effets à long terme soient
encore mal connus, les Guidelines de l'American National Cholesterol Education
Program préconisent l'usage d'une statine lorsqu'un traitement
médicamenteux est indiqué chez l'enfant présentant une
hypercholestérolémie familiale homozygote (Ose,
2004). Chez ces enfants, l'usage des statines, notamment la
simvastatine, diminue la concentration plasmatique de LDL-cholestérol de
30 à 40 % et la tolérance et l'observance paraissent
satisfaisantes (Ose, 2004).
CONTRE-INDICATIONS
[sommaire]
> Contre-indications absolues
Grossesse
La simvastatine est contre-indiquée (cf.
Grossesse).
Allaitement
La simvastatine est contre-indiquée (cf.
Allaitement).
> Contre-indications relatives
Maladie hépatique chronique ou anomalie biologique
hépatique
Il est habituellement recommandé de ne pas administrer de
statine en cas de maladie chronique du foie ou d'anomalie biologique
(augmentation de l'ALAT sérique) persistante. Néanmoins, cette
recommandation est controversée, les bases rationnelles n'étant
pas établies. De plus, un nombre important de malades ayant un syndrome
métabolique (et donc un risque vasculaire élevé) ont des
anomalies biologiques hépatiques liées à une
stéatose ou à une stéatohépatite non alcoolique et
il n'y pas d'argument suggérant une toxicité accrue des statines
dans ces situations (Chalasani et al., 2004 ; Kaplowitz, 2004).
Enfant de moins de 15 ans
Les informations sont encore limitées (cf.
Modalités d'administration).
Porphyrie
Les statines ont un effet porphyrogénique chez l'animal.
MODALITES DE SURVEILLANCE
[sommaire]
> Surveillance de base
Du fait de la gravité potentielle des effets indésirables
musculaires et hépatiques, la surveillance régulière de la
CPK sérique (créatine phosphokinase d'origine musculaire) et des
transaminases est souvent recommandée. L'intérêt clinique
de ces mesures est (en fait) controversé (Dujovne, 2002 ;
Sniderman, 2004).
Dosage de la CPK sérique
Il existe une élévation modérée
fréquente et transitoire de la CPK sérique chez les sujets
traités par statines. Il n'y a pas de justification scientifique à pratiquer un dosage initial
systématique des CPK dans la population générale (Afssaps, 2002). En revanche il est necessaire d'effectuer un dosage des CPK avant traitement
dans les situations à risque suivantes : insuffisance rénale, hypothyroïdie, antécédents personnels
ou familiaux de maladie musculaire génétique, antécédent personnel d'effet indésirable musculaire avec
un fibrate ou une statine, abus d'alcool, patient âgé de plus de 70 ans, d'autant plus qu'il présente
d'autres facteurs de risque musculaire (Afssaps, 2002). En cours de traitement, l'intérêt de la surveillance
régulière et systématique de cette enzyme musculaire n'a pas été
établi en l'absence de signes cliniques. La prévention des atteintes
musculaires sévères repose surtout sur deux recommandations :
- - Le dosage de la CPK sérique en cas de survenue de
symptômes musculaires inexpliqués (douleurs ou faiblesse musculaires), et
l'arrêt immédiat du traitement lorsque la concentration est
supérieure à 5 à 10 fois la normale ; lorsque la CPK
sérique reste inférieure à 5 fois la normale, le
traitement peut être poursuivi à la condition de surveiller les
symptômes et la CPK sérique, et d'interrompre le traitement en cas
de persistance ou d'accentuation de ces anomalies.
- - Une surveillance plus étroite chez les sujets ayant des
facteurs de risque d'atteinte musculaire (notamment forte posologie,
insuffisance rénale ou hépatique, diabète,
hypothyroïdie, traitement par un fibrate).
Dosage des transaminases sériques
Il est habituellement recommandé de doser les transaminases
sériques (ASAT ou ALAT) avant le début du traitement, puis au moins 1 fois dans les 3 mois suivant l'instauration du traitement
et en cas de forte augmentation posologique. Ultérieurement, il n'existe pas de données
scientifiques permettant de proposer une périodicité à ces contrôles.
Dans ces conditions, en l'absence de point d'appel et chez les patients dont les transaminases
étaient normales, un contrôle annuel est recommandé (Afssaps, 2005).
L'élévation persistante, contrôlée à 1 mois, des transaminases sériques au-delà de 3 fois la
normale doit conduire à l'arrêt du traitement. Ces recommandations
sont en fait controversées. Si l'augmentation modérée de
l'ALAT sérique est fréquente, elle est habituellement
asymptomatique et transitoire malgré la poursuite du traitement. Les cas
avérés d'hépatite aiguë cytolytique liés
à la simvastatine (comme aux autres statines) sont exceptionnels
(cf. Effets indésirables). De ce fait, certains auteurs
considèrent que l'hépatotoxicité des statines est
extrêmement faible et qu'un arrêt systématique du traitement
en cas d'anomalie biologique isolée priverait les patients
présentant un risque vasculaire élevé d'un traitement dont
le bénéfice clinique a été démontré
(Dujovne, 2002).
> Surveillance dans certaines situations
L'existence de facteurs de risque d'atteinte musculaire
sévère doit conduire à une surveillance accrue, à
une réduction de la posologie initiale, et à la réduction
de la posologie maximale de simvastatine. Les principaux facteurs de risque
sont les suivants :
- - Sujet âgé de plus de 65 ans.
- - Insuffisance rénale sévère.
- - Infection aiguë sévère.
- - Hypotension artérielle.
- - Intervention chirurgicale majeure.
- - Traumatisme majeur.
- - Perturbations métaboliques.
- - Maladies endocriniennes, notamment hypothyroïdie.
- - Perturbations électrolytiques sévères.
- - Epilepsie non contrôlée.
Informer le patient :
|
Le patient doit être informé du risque d'atteinte
musculaire sévère et des signes précurseurs (douleurs ou
faiblesse musculaires, urines foncées) devant conduire à la
consultation immédiate d'un médecin. Il faut également
insister sur le risque d'interaction médicamenteuse et recommander au
patient de ne pas modifier son traitement habituel ou la posologie de
simvastatine sans avis médical. Il ne doit pas consommer de jus de pamplemousse.
|
| Pr J.-C. Trinchet, Paris XIII |
EFFETS INDESIRABLES
[sommaire]
- Troubles digestifs.
Nausées, vomissements, douleurs abdominales, constipation ou
diarrhée sont fréquents (10 à 20 %) au début du
traitement, mais disparaissent généralement
spontanément.
- Céphalées.
Fréquentes au début du traitement (5 à 10 %), elles
disparaissent généralement spontanément.
- Eruption cutanée.
Fréquente au début du traitement, elle disparaît
généralement spontanément.
- Atteintes musculaires.
Ce sont les effets indésirables les plus graves des statines
(Ucar et al., 2000 ; Sinzinger et al., 2002 ; Thompson et al., 2003 ; Rosenson,
2004). Leur risque de survenue et leur gravité sont augmentés par
l'utilisation d'une posologie élevée et l'existence de facteurs
favorisants (cf. Surveillance dans des situations particulières), ainsi
que par l'association à d'autres médicaments (cf. Interactions
médicamenteuses). Il faut cependant distinguer plusieurs situations cliniquement
très différentes :
- - Une augmentation légère (< 5 fois la normale) de la
concentration plasmatique de créatine phosphokinase (CPK) d'origine
musculaire est communément observée chez les patients
traités par les statines, mais elle est habituellement asymptomatique et
transitoire.
- - La survenue de signes cliniques musculaires (myalgies,
sensibilité douloureuse, faiblesse musculaire) a été
fréquemment rapportée (1 à 5 % des cas) dans les essais
cliniques. Un dosage plasmatique de la CPK d'origine musculaire doit alors
être effectué. En cas de concentration supérieure à
5 fois la normale, le traitement doit être immédiatement
interrompu. Quelques cas de faiblesse musculaire sans augmentation de la CPK
sérique ont été également rapportés,
généralement réversibles à l'arrêt du
traitement (Phillips et al., 2002).
- - La survenue d'une rhabdomyolyse (fièvre, myalgies, coloration
foncée des urines du fait de la présence de myoglobine,
augmentation de la CPK sérique supérieure à 10 fois la
normale) avec insuffisance rénale aiguë secondaire pouvant aboutir
au décès a été rapportée (Chang et al.,
2004). L'incidence est estimée à 1 à 3 cas pour 10 000
sujets traités. Elle est comparable pour toutes les statines
actuellement utilisées. Ces cas ont été principalement
observés chez les patients ayant les facteurs de risque
mentionnés ci-dessus (dont l'utilisation à forte dose,
l'existence d'une insuffisance rénale ou la prise concomitante d'un
fibrate).
- Atteintes hépatiques.
Comme avec les autres statines, des élévations
modérées des transaminases sériques (< 3 fois la limite supérieure des valeurs normales) ont été observées
après l'instauration du traitement. Néanmoins, ces
élévations ont été souvent transitoires, ne se sont
accompagnées d'aucune symptomatologie clinique et n'ont pas
nécessité l'interruption du traitement (De Denus et al., 2004 ;
Chalasani, 2005). La survenue d'une hépatite aiguë a
été rapportée mais paraît très rare (Roblin
et al., 1992 ; Chalasani, 2005).
- Neuropathie périphérique.
Certaines études ont suggéré que l'administration
prolongée des statines était associée à une
augmentation du risque de polynévrite idiopathique (Gaist et al.,
2002). D'autres effets indésirables ont été
rapportés sans que le lien avec le traitement soit clairement
établi :
- - Comportement agressif ou violent (Golomb et al.,
2004).
- - Perte de mémoire (Wagstaff et al., 2003).
- - Troubles du sommeil : insomnie ou cauchemars (Keech
et al. 1996).
- - Dépression (Duits et Bos, 1993 ;
Wardle et al., 1996).
- - Impuissance (Pedersen et Faergeman, 1999 ;
Rizvi et al., 2002).
- - Cataracte : décrit chez l'animal, mais non
rapporté dans l'espèce humaine (Schlienger et al., 2001 ;
Smeeth et al., 2003).
- - Maladies systémiques : syndrome lupique (Noel et
Panizzon, 2004), sclérodermie (Pope, 2002).
- - Pneumonie interstitielle (Lantuejoul et al.,
2002).
- - Réaction d'hypersensibilité : oedème
angioneurotique, réaction anaphylactique.
- - Pancréatite aiguë (Pezzilli et al.,
2004).
- - Purpura thrombotique thrombocytopénique
(McCarthy et al., 1998).
- - Cancer : les statines ont été
suspectées de favoriser la carcinogenèse chez les rongeurs
(Newman et Hulley, 1996). Néanmoins, d'autres études
expérimentales ont donné des résultats inverses, en
particulier concernant la carcinogenèse colo-rectale (Hawk et
Viner, 2005). Les études cliniques sont également
discordantes (Hawk et Viner, 2005), les plus récentes
suggérant même un effet bénéfique de la prise de
statines sur le risque de cancer colo-rectal (Poynter et al.,
2005). Par ailleurs, après 10 ans de traitement par la
simvastatine, aucune augmentation du risque carcinogène n'a
été observée dans une étude scandinave
récente (Strandberg et al., 2004).
INTOXICATION AIGUE ET SURDOSAGE
[sommaire]
> Symptômes
Quelques épisodes bénins de surdosage ont
été rapportés. Les patients n'ont pas
présenté de symptômes spécifiques.
L'évolution a été favorable sans séquelles. La dose
maximale rapportée était de 450 mg.
> Conduite à tenir
Le traitement de l'intoxication aiguë à la simvastatine
est symptomatique. Il n'existe pas d'antidote connu de la simvastatine. De
plus, la simvastatine étant fortement liée aux protéines,
l'épuration extra-rénale ne présente pas
d'intérêt.
GROSSESSE
[sommaire]
Données à prendre en compte :
|
Les études chez l'animal n'ont pas mis en évidence
d'effet tératogène de la simvastatine. Chez l'homme, le suivi de
165 grossesses exposées au 1er trimestre dont 125 d'évolution
connue, n'avait pas mis en évidence d'augmentation du risque malformatif
(Freyssinges et Ducrocq, 1996, Manson et al., 1996). Cependant, des données plus récentes évoquent
un éventuel effet tératogène de la simvastatine, ou des statines. En effet,
les dossiers de 214 grossesses exposées à un inhibiteur de
l'HMG-CoA réductase (cas rapportés à la FDA, cas
rapportés par les laboratoires ou cas publiés dans la
littérature) ont été analysés. Sur 214 dossiers,
l'analyse a finalement porté sur 70, les autres cas étant
insuffisamment documentés. Cette analyse retrouve 22 nouveau-nés
porteurs de malformations, dont 5 porteurs d'anomalies du SNC et 5 de
malformations des membres, sur les 70 grossesses retenues (Edison et Muenke,
2004). Tous avaient été exposés à une
statine lipophile (dont 10 à la simvastatine) dont la concentration
embryonnaire est proche de la concentration maternelle. Cette étude, non
exempte de biais, ne permet pas de conclure formellement à ce jour, mais
doit conduire à stopper la simvastatine le plus tôt possible lors
de la découverte d'une grossesse en cours de traitement. En revanche, elle ne doit pas conduire à interrompre une grossesse exposée. Par ailleurs, en raison des éventuelles conséquences
pour le développement foetal d'une modification de la
synthèse du cholestérol, il n'y a pas d'indication à la
prescription d'inhibiteurs de l'HMG-CoA réductase au cours de la
grossesse. En effet, l'athérosclérose étant un processus
chronique, l'arrêt de l'hypocholestérolémiant durant la
grossesse a peu d'impact sur le risque à long terme.
|
| Dr A.-P. Jonville-Béra, Tours |
ALLAITEMENT
[sommaire]
En l'absence d'information spécifique, l'administration de
simvastatine est contre-indiquée chez la femme qui allaite.
PHARMACODEPENDANCE
[sommaire]
Sans objet.
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[sommaire]
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SPECIALITES CONTENANT CE PRINCIPE ACTIF
[sommaire]
Source VIDAL : octobre 2005
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DEFINITION
[sommaire]
Utilisations thérapeutiques établies :
Le caractère établi reflète l'état de la littérature scientifique
et l'opinion des auteurs. Il peut donc sortir du cadre de l'AMM (autorisation
de mise sur le marché) en France ou ailleurs.
Contre-indications relatives (à évaluer en fonction
de la balance bénéfice/risque) :
Les contre-indications relatives regroupent les situations dans
lesquelles la prescription est possible sous réserve de respecter
éventuellement des règles de surveillance et/ou d'adaptation
posologique.
Ces informations, si elles sont accessibles au public, sont destinées aux professionnels de santé.
Si vous êtes un particulier, ne prenez aucune décision concernant
votre santé
sans avoir pris l'avis de votre médecin.
Comité éditorial de la lettre "En substance"
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